lundi 14 janvier 2008
Les dons d'organes interdits aux gais
La Presse Canadienne
Des médecins se disent inquiets d'une nouvelle directive de Santé Canada interdisant aux gais de faire des dons d'organes et estiment qu'une telle mesure pourrait réduire un bassin de donneurs déjà restreint.
L'agence fédérale a récemment altéré sa politique sur les dons d'organes pour en exclure les hommes qui ont eu une relation homosexuelle au cours des cinq années précédant un éventuel don.
Cette décision a surpris et choqué le docteur Mark Walsh, directeur des chirurgies de transplantation du foie et des reins, au centre des sciences de la santé Elizabeth II, à Halifax.
«Cette disposition est ridicule, a affirmé M. Walsh. Nous devrions faire attention de ne pas dire aux gens "ne vous donnez même pas la peine de penser au don d'organe". Cela va refroidir tout un pan de la population, ce qui est injuste, autant pour les donneurs que pour les receveurs.»
M. Walsh affirme avoir un patient qui a besoin d'une transplantation de foie au cours des prochains jours pour survivre, mais qu'il se retrouve maintenant dans une situation où il pourrait devoir refuser un organe s'il provenait d'un homme gai, malgré les procédures de sélection de l'hôpital.
Une porte-parole de Santé Canada a répondu aux appels des médias par un courriel, dans lequel elle a fait valoir que le règlement est élaboré en fonction du risque et non en fonction du style de vie, et qu'un homme qui a eu une relation sexuelle avec un autre homme dans les cinq dernières années a une haute probabilité de transmettre une maladie infectieuse.
Mais cette évaluation du risque n'est pas partagée par tous les médecins.
«Je crois personnellement que quelqu'un qui a une relation homosexuelle stable avec un partenaire unique n'est pas forcément plus à risque de transmettre une maladie que quelqu'un qui est hétérosexuel et qui a les mêmes pratiques», a estimé le docteur Jean-Luc Wolff, néphrologue au Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke, au réseau de télévision TVA.
Le président de Gai-Écoute, Laurent McCutcheon a pour sa part estimé la mesure pouvait être considérée comme discriminatoire. «Ce n'est pas lié à la conduite mais c'est lié à un groupe de personnes, c'est ça qui est difficile à accepter», a-t-il expliqué sur les ondes de TVA.


